Medecin de campagne à Tinlot, interview du Dr Stréa sur cette période du covid-19 (09/07/2020)

Le dernier Tinlot 4 Saisons a publié l'interview du Dr Stréa, médecin de campagne à Tinlot, généraliste, médecin responsable d’un étage au CNRF/CHU à Fraiture et médecin coordinateur du Home de Seny.

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La pandémie chez nous

T4S : Après 10 semaines de pandémie, quel est votre ressenti ? Comment avez vous vécu cette période ?
En 30 ans de métier, je n’ai jamais vécu çà. C’est tout à fait surréaliste. Rien ne nous a préparé à cela, mis à part la grippe H1N1 en 2009, mais qui était beaucoup moins grave.
Nous étions en guerre sanitaire, face à une menace virale.
Si je compare :

> La guerre 40-45 : 88.000 belges morts en 5 ans
> Le covid 19 : 10.000 belges morts en 10 semaines
Aux USA :
> 58.000 morts au Vietnam en vingt ans (1955-1975) > Le covid 19 : 100.000 morts en 10 semaines

Je suis sensible à ce genre de chiffres car nombreux sont ceux qui ont trouvé qu’on dramatisait beaucoup, que le covid n’était pas plus méchant qu’une grippe, que les mesures sanitaires prises étaient exagérées ....

T4S : Au jour le jour, comment ça se passait ?
On a dû s’adapter en permanence, avec de nouvelles consignes de plusieurs pages à adopter plusieurs fois par jour. C’était une véritable cacophonie.
Il a fallu prendre des décisions radicales : visites interdites, salle d’attente fermée, mesures sanitaires drastiques...
Personnellement je n’ai eu aucun décès ni au CNRF, ni au home de Seny, ni dans ma patientèle privée. Et j’ai eu la chance de passer moi-même entre les micro- gouttelettes des patients que j’ai côtoyés.

T4S : Qu’est ce qui vous a marqué ?
On a vécu beaucoup de choses très positives . C’est un véritable esprit de corps qui régnait parmi les membres du personnel, au CNRF. Des personnes courageuses, volontaires, solidaires, qui se serraient les coudes. De véritables soldats au front, au chevet des malades, dans des conditions extrêmement difficiles (mesures d’hygiène, tenues adaptées, masques..)

Beaucoup de marques de solidarité. Nous avons également reçu de l’aide spontanée de médecins, de spécialistes qui ne pouvaient plus exercer pendant cette période et qui sont venus offrir leurs services et renforcer le staff au CNRF. Spontanément, j’insiste ! C’était vraiment sympa et très utile !
Nous avons reçu aussi beaucoup de marques de soutien de commerçants, de particuliers qui nous ont apporté des repas, des pizzas, des oeufs en chocolat, des boissons... (il a même fallu freiner ...) C’était magnifique à observer et ça faisait un bien fou au moral de tous. Qu’ils soient ici remerciés.

Dans le home de Seny, la priorité était de protéger les résidents. Tout a été mis en place pour éviter les contacts avec l’extérieur et l’intrusion du virus dans l’établissement. La directrice a pris des décisions très fermes dès le début de la pandémie. Pas toujours faciles à accepter, à comprendre pour les familles.
Les résidents nous ont étonnés par leur lucidité et leur compréhension de la gravité de la situation. Seuls 24h/24, 7j/7 dans leur chambre, ne voyant que du personnel masqué ... ils ont tout accepté, courageusement, soutenus par un personnel très dévoué et attentif. Ils attendaient le dépistage avec impatience et l’ont tous bien accepté.

Ce dépistage auprès des résidents et du personnel a été fait de façon régulière. Et personne n’a été déclaré positif ! Vous imaginez le soulagement !
Ma hantise : que le virus n’entre dans les maisons de repos, car j’avais peur qu’il y ait un tri dans les hôpitaux pour donner la priorité aux « jeunes ». Mais JAMAIS je n’ai senti cette volonté, ce choix.
La priorité a toujours été : protéger la vie quelle qu’elle soit.
Avec mon assistante, le Docteur Louise Devresse, nous étions toujours présents. Si, après un diagnostic au téléphone, une visite au domicile d’un malade s’imposait, nous y allions bien évidement avec l’équipement nécessaire pour éviter toute contamination. Nous n’avons jamais cessé de travailler !
Personnellement, à aucun moment je n’ai manqué de matériel adapté. J’ai reçu de l’aide du CHU, du CNRF, de la commune de Tinlot, de volontaires, notamment des masques confectionnés par des proches, ainsi que du matériel offert par des patients (masques, blouses...)

T4S : Et aujourd’hui ?
Nous soignons aujourd’hui au CNRF les personnes en revalidation post COVID. Les séquelles de leur séjour aux soins intensifs sont énormes : perte de poids, fonte musculaire de tous les membres, perte d’autonomie... Tout est à réapprendre. Je suis impressionné par les lourdes conséquences de cette maladie.

T4S : Un dernier conseil ?
Attention, le virus est toujours là !
Ne relâchez pas votre vigilance.
Soyez prudents, prenez soin de vous et des autres !

Merci Docteur STREA
Christine Guyot, Bourgmestre

04:11 Écrit par louviaux | Lien permanent | Commentaires (1) |  Imprimer |  Facebook | | |