Seny, les 486 tuyaux de l’orgue "décrassés"

Depuis lundi et pour 3 semaines, un facteur d’orgue et son apprenti sont à pied d’oeuvre.
L’orgue de l’église Saint-Pierre de Seny (Tinlot) va faire peau neuve. Depuis lundi, deux artisans de la Manufacture d’orgues Schumacher sont mobilisés pour nettoyer en profondeur l’instrument datant de 1875. Trois semaines de travail minutieux seront nécessaires pour venir à bout de la poussière et de la crasse accumulées depuis 31 ans, pour un budget 12.500 €.

Depuis lundi, de drôles de bruits résonnent dans la petite église de Seny, place du Baty à Tinlot. Tantôt une flûte, tantôt une trompette… Un concert serait-il en préparation?
Détrompez-vous, il ne s’agit nullement de musiciens mais de... champions de puzzle géant. Une compétence que les facteurs d’orgue, artisans s’il est en, ont peaufinée au fil des années et de leur expérience.

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C’est le cas d’Hadrien Paulus, 46 ans. Il travaille pour la Manufacture d’orgues Schumacher d’Eupen et sur le chantier de Seny, il encadre un jeune qui fait ses armes sur l’instrument tinlotois. «Ce n’est pas compliqué en soi mais il faut être organisé et minutieux », nous confie-t-il. Leur tâche va s’étaler sur trois semaines. Il s’agit de démonter, une par une, les multiples pièces de l’orgue de l’église Saint-Pierre qui compte pas moins de 486 tuyaux! Le plus grand mesure 8 pieds, l’équivalent de 2m40 et les fournitures les plus petites n’atteignent que quelques millimètres. «486 tuyaux, ce n’est rien comparé à l’orgue de l’église Saint-Jacques, nuance Hadrien Paulus, mais c’est un beau petit orgue romantique d’environ 5 mètres et datant de 1875 qui possède une tuyauterie d’origine et huit registres.

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 Hadrien Paulus teste, une à une, les pièces de tous les instruments. Au centre la console et à droite, le souflet.

Malheureusement, il a connu quelques dégâts et a été transformé à certains endroits. Il a été construit pour le culte, pas pour des concerts », précise- t-il. Pas question ici d’une restauration, mais d’un « relevage », soit une révision complète.
« IL FAUT TOUT DÉMONTER, VÉRIFIER, NETTOYER ET REMETTRE EN PLACE »
«L’orgue de l’église de Seny a été dépoussiéré pour la dernière fois en 1984. Il y a donc 31 ans de poussière à nettoyer, plus le plâtras tombé de la tour. Tout cela a bouché les tuyaux. » Une fois retirés de leur support, les tuyaux en bois, en alliage de plomb et d’étain, et parfois en zinc (au grand désarroi du facteur d’orgue), sont inspectés dans les moindres recoins, pour détecter une éventuelle fissure ou boursouflure. «Si tel est le cas, alors nous refaisons la pièce sur mesure en atelier. De ce que nous avons vu pour le moment à Seny, il y a peu de pièces abîmées », rassure-t-il.

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Les pièces sont démontées une à une et descendues dans l'église pour être nettoyées. Si l'orgue date de 1875, certains tuyaux datent du 17e siècle

Les pièces sont alors, chacune à leur tour, décrassées de loin avec un compresseur et de près avec un pinceau. Aucune eau n’est utilisée. Le facteur d’orgue vérifie enfin que les tuyaux « parlent » correctement, soit une égalisation de l’harmonisation. «On remet les tuyaux en place et, à l’oreille, je m’assure que les sons qui en sortent sont justes et non faux », indique ce Liégeois marié à une Marchinoise.
Le coût du chantier pour la fabrique d’église ? 12.500 euros, sans intervention communale.
ANNICK GOVAERS. La Meuse du 14/11.

capture ecran 2015-11-13 à 20.24.50.jpgSix éléments
L’orgue de Seny date de 1875 et est l’oeuvre d’un facteur non identifié. La facture est cependant typique de Salomon Van Bever (traction mécanique pour le clavier et traction pneumatique pour les registres). L’orgue a dû être reculé dans la tour de l’église au début du 20e siècle car, vu son poids, il risquait de faire s’effondrer la tribune. Instrument à vent, il se compose du buffet (le meuble), de la console (organe de commande du clavier, du pédalier, des registres), du sommier (la pièce principale de l’orgue qui distribue l’air sous pression aux tuyaux en fonction des touches actionnées et des registres sélectionnés), et entre les deux, de la transmission, mais aussi de la soufflerie (un soufflet aujourd’hui alimenté par un ventilateur) et de la tuyauterie.

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