«La plantation de 1.000 kms de haies par des agriculteurs semble tout à fait réalisable»

Les haies mixtes, que l’on retrouve notamment dans les milieux ruraux, sont de véritables havres de biodiversité auxquels les agriculteurs ne sont pas insensibles, ce que confirme une enquête du Collège des producteurs. Celle-ci souligne également que si les primes à la plantation constituent une aide certaine, ce sont bien les travaux d’entretien qui freinent le développement de ce type de projet. Il n’est toutefois pas illusoire de voir les fermiers wallons planter 1.000 km de haies à l’horizon 2023.

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Dans le cadre du projet 4.000 km de haies et/ou 1 million d’arbres, une enquête a été menée auprès des agriculteurs wallons.
Des haies plus longues en bio et régions d’élevage
À l’issue de l’enquête, il apparaît que la longueur moyenne de haies par ferme atteint 1,47 km. Un chiffre similaire à celui de 1,57 km estimé en mettant en relation la longueur des haies recensées dans les déclarations pac avec le nombre d’agriculteurs actifs en Wallonie. « Globalement, les agriculteurs bio ont tendance à planter des haies plus longues (2,21 km) que les producteurs mixtes (1,21 km) et conventionnels (1,22 km) », constate M. Grifnée. 46 % des agriculteurs ayant pris part à l’enquête estiment avoir moins de 500 m de haies alors qu’ils sont près de 9 % à déclarer avoir plus de 5 km de haies sur leurs terres.
L’enquête révèle que plus la superficie de l’exploitation est grande, plus les haies sont longues. Ainsi, leur longueur dépasse fréquemment 2 km sur les exploitations de plus de 100 ha, pour atteindre près de 3 km pour les fermes s’étendant sur plus de 200 ha. À l’autre opposé, sur les fermes de moins de 25 ha, ce type d’aménagement affiche une longueur moyenne de 640 m.

En vue d’améliorer la biodiversité
Les raisons qui poussent les agriculteurs à planter des haies sont multiples et variées : améliorer la biodiversité (pour 40 % des planteurs), éviter les dérives de pulvérisation (9 %), par soucis d’esthétique (8 %), se protéger du vent (6 %), améliorer l’alimentation du bétail (6 %), élaborer un parcours pour volailles (6 %), clôturer (6 %), ombrager le troupeau (5 %), chasser (5 %), pour la biomasse (5 %) ou réduire l’érosion (4 %).

« Généralement, un agriculteur plante une haie pour plusieurs raisons. On observe néanmoins une grande tendance à vouloir améliorer la biodiversité. Cela prouve que le monde agricole ne se désintéresse pas de cela, contrairement à ce que l’on entend parfois. »

Seuls 21 % des agriculteurs ayant planté des haies entre 2016 et 2019 ont fait appel à une aide extérieure (parcs naturels, Natagriwal, administration…). De même, ils ne sont que 23 % à avoir sollicité une prime auprès de la Région wallonne, d’un parc naturel ou encore de la province. « Cela s’explique par le fait que les agriculteurs souhaitent garder leurs indépendances. Or, l’octroi d’une aide financière est conditionné au respect de règles strictes relatives, notamment, au maintien des haies. »

2020-2023 : des intentions de plantation très élevées
En parallèle, les producteurs wallons ont été sondés quant à leur intention de planter des haies durant la période 2020-2023, en vue de déterminer leur éventuelle participation au projet 4.000 km de haies et/ou 1 million d’arbres. « Les résultats nous ont surpris. 51 % des répondants disent avoir l’intention de planter des haies dans les quatre prochaines années, pour une longueur totale renseignée de 180,48 km, soit 673 m par exploitation, contre 467 m sur la période 2016-2019. »

Ici aussi, la longueur moyenne des aménagements est plus élevée en bio (912 m) qu’en mixte (719 m) et conventionnel (486 m). On remarque que 65 % des producteurs bio ayant répondu à l’enquête indiquent avoir l’intention de planter des haies, contre 54 % des producteurs mixtes et 37 % des conventionnels.

L’enquête démontre encore que les agriculteurs de la région jurassique sont les plus enclins à planter. « Plus de 60 % des répondants issus de cette région indiquent vouloir implanter des haies, sur une longueur moyenne de 1,04 km. Ce n’est pas la plus grande région de Wallonie, mais ces résultats sont motivants. » Dans le Condroz, région nettement plus étendue, près de 50 % des répondants sont prêts à planter, sur une longueur moyenne dépassant, ici aussi, le kilomètre (1,03 km). C’est en Région herbagère que les intentions de plantation sont les plus faibles. « Mais n’oublions pas que ces aménagements y sont déjà largement présents. »

Les résultats, reliés à la taille des exploitations, montrent sans surprise que la longueur moyenne à planter est supérieure dans les grandes fermes. A contrario, plus elles sont petites, plus nombreux sont les agriculteurs à vouloir installer des haies. Le pourcentage de terres en propriété influence proportionnellement, lui aussi, les intentions : les agriculteurs qui possèdent le plus de terres sont les plus désireux de planter.

Et Alain Grifnée de poursuivre : « Si l’on reporte les réponses de l’échantillon à l’ensemble de la population agricole wallonne, soit 12.733 personnes, les intentions de plantation permettraient d’envisager une longueur de plantation proche des 4.000 km pour la période 2020-2023. Il est néanmoins optimiste de se baser sur un passage à l’acte total, d’autant que les répondants montrent probablement un intérêt supérieur pour les haies. De manière plus réaliste, et sur base d’une hypothèse de 25 % de passage à l’acte, la plantation de 1.000 km de haies par des agriculteurs semble, quant à elle, tout à fait réalisable. »

Ajoutons que la motivation majeure des répondants pour les plantations envisagées est, de loin, l’amélioration de la biodiversité. L’évitement des dérives de pulvérisation est la seconde motivation pour les producteurs bio. Les autres raisons sont les mêmes que celles citées pour les haies plantées en 2016-2019.

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